7 enseignements concrets pour mettre en place une GEPP qui fonctionne vraiment
- Gerardo Marcotti

- 17 juil.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours

La plupart des accords GEPP suivent le même chemin : beaucoup de travail au départ, des réunions, des négociations, un document final plutôt bien construit. Puis, quelques mois plus tard, une mise en œuvre qui s’essouffle. Ce n’est pas forcément par manque de volonté. Mais entre l’intention de départ et la réalité du terrain, il y a souvent un écart : des managers peu disponibles, des référentiels trop lourds, des outils insuffisants, une communication qui disparaît une fois l’accord signé.
Ce qui suit n’est pas une méthode idéale. C’est le retour d’expérience de deux praticiens.
1. Commencer par la stratégie, pas par le référentiel
Le réflexe classique consiste à démarrer par un référentiel de compétences. On veut être complet, précis, exhaustif. Sur le papier, c’est logique. Dans la pratique, c’est souvent là que les problèmes commencent : des mois de travail pour produire une documentation très riche, que personne ne consulte vraiment.
La vraie question n’est pas “quelles sont nos compétences aujourd’hui ?” Elle est plutôt : “où va l’entreprise, et de quelles compétences aura-t-elle besoin pour y arriver ?” Quels métiers vont évoluer ? Lesquels risquent de disparaître ? Quelles compétences faudra-t-il développer dans deux ou trois ans ?
C’est seulement à partir de là que la cartographie prend du sens. Elle doit relier cinq éléments : la stratégie d’entreprise, l’évolution des métiers, les compétences actuelles, les compétences futures, et les besoins de formation et de mobilité. Si l’un de ces maillons manque, la démarche reste incomplète.
Dans le cas du centre de recherche évoqué lors de la table ronde, cette logique a été déterminante. L’organisation devait accompagner une transition importante vers de nouveaux domaines scientifiques. La GEPP a servi de fil conducteur pour réorienter progressivement les compétences sur quinze ans, sans perdre la cohérence d’ensemble.
2. Construire la cartographie avec le terrain, pas pour lui
Une cartographie conçue uniquement en chambre par la DRH a peu de chances de refléter la réalité des métiers. Et une cartographie qui ne reflète pas la réalité ne sert pas à grand-chose.
Les métiers ne se décrivent pas seulement dans des fiches. Les managers et les collaborateurs savent très bien quelles compétences sont réellement mobilisées, lesquelles deviennent obsolètes, lesquelles manquent déjà. Il faut aller poser les bonnes questions : qu’est-ce qui a changé dans votre métier ? Qu’est-ce qui devient plus difficile ? Quelles compétences sont rares ?
Ce travail terrain permet de distinguer les métiers stables, les métiers en transformation, les métiers fragiles et les métiers critiques. Il donne une image bien plus fidèle de la réalité que n’importe quel travail purement descendant. Et il crée, au passage, un premier niveau d’appropriation : les équipes ne découvrent pas la démarche une fois qu’elle est terminée, elles y participent dès le départ.
3. Utiliser l’accord comme un vrai levier RH
Un accord GEPP bien négocié ne sert pas seulement à remplir une obligation légale. Il donne à la DRH un cadre formel pour agir, et c’est souvent ce qui manque pour avancer sur des sujets que les opérationnels jugent secondaires.
Dans des environnements très orientés business, les managers arbitrent naturellement en faveur de leurs priorités commerciales. La question RH passe après. Mais une fois l’accord signé par la direction et les partenaires sociaux, la nature du sujet change. Ce n’est plus une initiative RH parmi d’autres, c’est un engagement collectif.
“Les opérationnels n’ont jamais tellement de temps pour les sujets RH. Mais quand c’est dans l’accord, c’est signé, c’est dans la force : ça nous donne des arguments pour mobiliser tout le monde.” Responsable formation d’une ESN
L’accord ne fait pas tout. Mais il donne de la légitimité pour déployer des parcours, organiser la mobilité, structurer la transmission des savoirs. Et dans ce type de démarche, la légitimité compte énormément.
4. Communiquer bien plus qu’on ne le pense nécessaire
Une GEPP qui ne se voit pas ne vit pas. On sous-estime souvent ce point. Une fois l’accord signé, on considère que le plus dur est fait. En réalité, c’est souvent là que le vrai travail commence.
La communication interne peut prendre des formes très simples : des fiches pratiques, des témoignages de collaborateurs, des vidéos courtes, des interventions dans les réunions d’équipe, des temps dédiés lors de l’onboarding. L’objectif est toujours le même : montrer que la GEPP n’est pas un document juridique, mais un sujet qui touche les parcours professionnels réels.
La communication vers la direction emprunte un registre différent. Les DRH qui réussissent à se positionner au niveau stratégique sont celles qui ont appris à parler le langage des chiffres. Un collaborateur n’est pas un poste de coût dans la masse salariale : c’est une contribution à la valeur, au chiffre d’affaires, à la performance et à la continuité d’activité. Quand la RH montre l’impact de ses actions dans ces termes, elle change de statut aux yeux de la direction.
5. Organiser concrètement la transmission des savoirs
La GEPP est souvent présentée comme un moyen d’anticiper les départs et de sécuriser les compétences clés. Mais ces objectifs restent théoriques si rien n’est mis en place pour transmettre les savoirs.
Il faut des dispositifs concrets : tutorat, communautés de formateurs internes, formats courts entre pairs, temps dédiés pour documenter les pratiques. Une grande entreprise de services numériques a constitué une communauté d’environ 150 collaborateurs capables de transmettre leurs savoirs sur des domaines d’expertise précis. Pas des formateurs professionnels : des personnes reconnues sur le terrain, qui aident d’autres collaborateurs à progresser.
Ce type de dispositif remplit plusieurs fonctions à la fois. Il sécurise les compétences critiques. Il valorise les collaborateurs expérimentés. Et il installe progressivement une culture d’apprentissage qui dépasse le cadre de la formation formelle.
6. Donner aux managers de vraies raisons de s’impliquer
On dit souvent que les managers sont essentiels dans une démarche GEPP. C’est vrai. Mais leur demander de “s’impliquer davantage” ne suffit pas. Ils ont besoin de comprendre en quoi le sujet les aide concrètement : mieux anticiper les fragilités de leur équipe, éviter les pertes de compétences, préparer les mobilités, sécuriser leur activité.
L’accord peut aider ici aussi. Mais le vrai levier reste la relation entre les RH de proximité et les managers, ce binôme qui travaille régulièrement ensemble sur les situations individuelles et qui remonte une vision agrégée vers le niveau global. C’est dans ce lien que se fait concrètement la gestion des compétences au quotidien.
“Notre souhait, c’est que tous les managers, dans leurs réunions et leur business, intègrent 20 à 30 % de sujets RH. Même 20 %, ce serait déjà bien. Et si ça se porte conjointement par la RH, les managers et les collaborateurs, ça serait vraiment une réussite.” Responsable formation d’une ESN
Ce n’est pas un objectif facile. Mais les organisations qui s’en approchent ont une GEPP nettement plus vivante que les autres.
7. Prévoir les outils dès le départ
C’est le point le plus sous-estimé, et souvent le plus coûteux à découvrir tard.
Une cartographie des compétences peut être très bien faite. Mais si elle n’est pas exploitable, elle perd une grande partie de sa valeur. La connaissance des compétences existe souvent au niveau local : les managers savent qui sait faire quoi, les RH de proximité connaissent leurs populations. Le problème, c’est que cette connaissance reste dispersée. Elle ne remonte pas. Elle ne se consolide pas. Et la direction RH se retrouve sans vision globale pour détecter les fragilités transversales ou anticiper les besoins à l’échelle de l’entreprise.
Il faut pouvoir passer d’une lecture individuelle à une lecture par compétence, par métier, par filière ou par niveau de risque. Ce changement nécessite un outil. Pas forcément un système très lourd, mais quelque chose qui permette d’agréger, de visualiser et d’interroger les données à différentes mailles. C’est précisément ce que des plateformes comme Daylindo ont été conçues pour faire : relier ce qui se passe sur le terrain avec une vision plus globale, sans perdre la finesse opérationnelle.
“Au niveau terrain, au niveau management, la connaissance et la gestion des compétences se font. Mais la vision plus globale, macro, celle qui permet de désiloter et de travailler avec une vision entreprise, on l’a moins. C’est aujourd’hui vraiment notre difficulté.” DRH d’un centre de recherche
Après quinze ans de travail sur les compétences, l’un des principaux freins reste la difficulté à exploiter toute la richesse accumulée. Mieux vaut anticiper ce sujet dès le départ que de le découvrir après coup.
Ce que ces 7 pratiques ont en commun
Aucune n’est particulièrement complexe à comprendre. Ce qui les rend difficiles à tenir, c’est qu’elles demandent de la constance : dans la durée, dans la communication, dans l’implication des acteurs.
Une GEPP qui fonctionne vraiment n’est pas un projet avec un début et une fin. C’est une démarche qui s’infiltre progressivement dans les indicateurs opérationnels, dans les conversations des managers, dans les ambitions des collaborateurs. C’est ce qui fait la différence entre un accord qui dort dans un tiroir et un outil qui change réellement la façon dont une organisation se prépare à son avenir.


