Pas de soft skills sans hard skills
- Cécile Robert

- 17 juil.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 13 heures
En résumé
Les hard skills sont les compétences techniques propres à un métier. Les soft skills sont plus délicates à définir : on parle plus justement de compétences comportementales et transverses.
Ces dernières années, les soft skills ont fait l'objet d'une attention croissante, parfois au risque de sombrer dans la bien-pensance plutôt que dans l'exigence, comme le souligne Julia de Funès.
Dans la pratique, les entreprises continuent de consacrer l'essentiel de leurs ressources aux compétences techniques, et les offres d'emploi placent presque toujours les hard skills en première exigence.
L'essor de l'IA renforce encore ce besoin en compétences techniques, au point que "apprendre à apprendre" devient la méta-compétence la plus déterminante dans un environnement qui évolue vite.
Définir les soft skills
Quelle définition en français pour les « soft skills » ? Si les hard skills sont les compétences techniques, parfois aussi appelées compétences métiers car elles sont propres à l'exercice d'une profession définie, définir les « soft skills » est plus délicat. Compétences douces ? Molles ? Le terme anglais Soft prend le même sens que dans les expressions « soft power » ou « soft law » : des éléments dont l'impact indéniable est indirect et s'ajoutent aux pouvoirs classiques de la diplomatie et du droit. Parler de compétences comportementales (quelle attitude adopter dans une organisation) et de compétences transverses (qui peuvent être utiles non pas pour un métier précis mais dans une situation précise) est plus juste.
Prise de conscience de l'importance des soft skills
Depuis quelques années, les compétences transverses sont l'objet de toutes les attentions. Ces compétences sont considérées comme de plus en plus importantes dans notre environnement professionnel actuel. Elles sont même enseignées aux enfants, alors que le cursus scolaire est tourné vers l'acquisition de connaissances théoriques. Le rayon développement personnel des librairies regorge d'ouvrages plus ou moins scientifiques sur le sujet, tandis que les coachs et formateurs proposent de très nombreux séminaires sous toutes les formes.
À l'origine de cette valorisation des soft skills, on trouve notamment le développement de l'économie de services, qui prend le pas sur l'industrie, ce qui a pu laisser penser à une moindre importance des compétences techniques.
Une prise de conscience sans doute nécessaire pour contrebalancer des parcours de formation, à l'école comme en entreprise, qui ignoraient tout à fait les compétences comportementales.
Pourtant, reconnaître l'importance du développement de ces soft skills ne doit pas occulter la nécessité de la maîtrise des compétences métiers.

Extrait de l'étude "Les Français et la formation professionnelle" (2022), réalisée par Harris Interactive pour la fédération Les Acteurs de la Compétence.
On observe un hiatus considérable entre le discours ambiant, qui insiste sur la nécessité de développer les soft skills, et la réalité pragmatique des besoins en compétences des entreprises. La bien-pensance actuelle n'est pas non plus tout à fait étrangère à cela. Au risque, souligne Julia de Funès, de sombrer vers la médiocrité, à défaut d'oser être exigeant. Les directions des ressources humaines des entreprises ont ainsi augmenté leurs efforts pour proposer des formations en développement personnel et autres compétences comportementales. Elles continuent néanmoins à consacrer l'essentiel de leurs ressources au développement des compétences techniques.
À juste titre : celles-ci sont en effet indispensables pour transmettre leur savoir-faire et maintenir leur compétitivité. Dans un environnement de plus en plus technique et technophile, le besoin en hard skills est de plus en plus prégnant. On ne peut faire face aux défis des transformations digitales et environnementales sans développer des compétences techniques fortes et de nouveaux gestes métiers.
L'énumération des compétences demandées dans les offres d'emploi est révélatrice.
Most requested skills in online job ads in EU27 in Skills, 2022 - Source : CEDEFOP.
Aujourd'hui encore, dans la plupart des cas de recrutements externes, les compétences techniques sont requises, tandis que les soft skills, systématiquement énumérées dans un second temps, font la différence. La situation s'inverse pour les postes sans qualification ni expérience préalable demandées, pour lesquels les recruteurs vont d'abord s'appuyer sur la motivation et les soft skills des candidats, puis développer les compétences métier des personnes sélectionnées.
Et l'IA dans tout ça ?
L'arrivée massive des applications utilisant l'intelligence artificielle soulève la question des compétences à acquérir ou à renforcer pour travailler dans un environnement professionnel forcément impacté par l'IA.
Que ce soit pour ceux dont les emplois sont directement liés à l'IA, dont les compétences scientifiques sont importantes et en constante évolution, ou pour les utilisateurs de ces applications qui doivent également se former, le besoin de nouvelles compétences techniques est immense. Le CEDEFOP (institution de l'Union européenne chargée d'aider les États membres à définir leur politique en matière de formation) a établi des référentiels de compétences extrêmement détaillés (DigComp). Contrairement à ce qu'on observe dans les référentiels des entreprises, les compétences n'y sont pas organisées en compétences métiers d'un côté et en compétences transversales de l'autre, mais en familles de compétences (exemples du DigComp pour les citoyens : création de contenu digital, communication et collaboration, etc.) qui rassemblent des compétences de différentes natures, qu'il serait d'ailleurs parfois difficile et vain de catégoriser.
Au-delà de cet exemple lié à la transformation digitale, on s'accorde tous sur le besoin de montée en compétences extrêmement important. Finalement, apprendre à apprendre semble être, dans le contexte actuel, la méta-compétence ultime pour être capable de s'adapter à un environnement qui évolue constamment et rapidement.
Ce que Daylindo apporte à ce débat
Ce débat entre soft skills et hard skills rejoint directement l'un des points aveugles que Daylindo cherche à combler : la plupart des outils RH savent suivre des compétences déclarées ou des formations suivies, mais peu savent observer et tracer la maîtrise réelle d'un geste métier sur le terrain. C'est précisément ce que structure la plateforme Daylindo : donner aux compétences techniques la même rigueur d'observation et de traçabilité que celle qu'on cherche aujourd'hui à appliquer aux soft skills.
Les preuves issues d'organisations ayant structuré cette double approche confirment le constat de cet article : la montée en compétences la plus efficace ne se fait pas au détriment des hard skills, elle les articule avec les compétences comportementales, sans sacrifier les unes pour les autres.
FAQ
Quelle est la différence entre hard skills et soft skills ?
Les hard skills sont les compétences techniques propres à un métier. Les soft skills, plus justement appelées compétences comportementales et transverses, désignent des attitudes et des aptitudes utiles dans des situations variées, au-delà d'un métier précis.
Pourquoi les soft skills ont-elles pris autant d'importance ces dernières années ?
En partie à cause du développement de l'économie de services par rapport à l'industrie, et pour contrebalancer des parcours de formation qui ignoraient longtemps les compétences comportementales, à l'école comme en entreprise.
Les entreprises privilégient-elles réellement les soft skills dans leurs recrutements ?
Pas dans la pratique observée : les compétences techniques restent la première exigence dans la plupart des offres d'emploi, les soft skills n'intervenant qu'en second lieu pour faire la différence entre candidats.
Pourquoi certains critiquent-ils l'excès de valorisation des soft skills ?
Parce que cela risquerait, selon des voix comme celle de Julia de Funès, de glisser vers une forme de médiocrité, si l'exigence sur les compétences techniques et les résultats passe au second plan.
L'intelligence artificielle réduit-elle le besoin de compétences techniques ?
Non, elle l'accroît. Que ce soit pour les métiers directement liés à l'IA ou pour les utilisateurs de ces outils, le besoin de nouvelles compétences techniques est immense et en constante évolution.
Qu'est-ce que la méta-compétence "apprendre à apprendre" évoquée dans l'article ?
C'est la capacité à s'adapter en continu à un environnement de compétences qui évolue rapidement, considérée comme la compétence la plus déterminante au-delà des hard skills et des soft skills pris isolément.



